Le Jules et la cabane

Publié le 22 Novembre 2007




On mesure actuellement la vitesse apparente du temps qui passe...
Il y a eu moins de changements du 17ème siècle au 20ème siècle que ces 60 dernières années.
Ainsi nos enfants, un doigt sur les touches de leur PC, l'autre main étant occupée par leur microscopique téléphone, sont étonnés par la façon dont ont vécu leurs parents...
Oh ! tonton, tu te moques ! C'était pas comme ça... Papa, c'est vrai ce qu'il raconte, tonton ?
...

La maison, payée par des blessures de guerre, n'avait que trois pièces...
Encore était-ce récent.
Un toit de tuiles rouges, un grenier à combles perdus, un sol de ciment... Encore n'avait-il pas toujours existé : mon oncle l'avait fait de ses mains.
Une suspension au-dessus de la table, que l'on pouvait descendre par une petite chaîne...
Un fourneau, une cheminée dans la pièce principale, qui était la cuisine et la salle à manger.
Les autres pièces étaient sans chauffage.

Le Jules et la cabane

Il n'y avait pas de salle de bain, ni de toilettes !
Pour "faire", on allait au jardin, le jour, dans un petit édifice de bois poussiéreux et couvert de toiles d'araignées...
C'était une aventure, l'hiver, quand il gelait. Une porte qui fermait par un crochet, un vaste bidon enterré, un genre de coffre posé dessus avec un trou rond.
Telles étaient les WC de l'époque à la campagne, chez les gens modestes...
C'était rustique, mais on avait l'habitude. Un rouleau de papier ou un paquet de feuilles, parfois même du journal... (et comme disait tonton, les nouvelles ne méritaient parfois guère mieux que l'usage qui en était fait.)
De temps en temps, Ô odeurs ! on vidait le bidon, la précieuse matière était répandue dans le dernier sillon du jardin...
Je me souviens encore de la grimace de mon oncle, le jour où je ramenai à la maison une belle tête d'artichaut en fleur que j'avais trouvée dans ce sillon...
-- Regarde, tonton, comme c'est beau !
La nuit, c'était le "Jules", ou la "tinette", noms donnés au pot de chambre, qui avait sa place près du lit.
Je le revois encore, en tôle émaillée, avec son bord lippu. Il sentait toujours l'eau de javelle.
Un petit bruit frais et musical accompagnant le petit pipi.
Et le matin :
-- Bourette, (on me surnommait Bourette !) va vider le pot, et ne le renverse pas...
Evocations odorantes, petits plaisirs passés...



Serge

Rédigé par Sergepassions

Publié dans #Livres - textes

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claude rose 13/08/2008 21:30

pouvez vous me dire d'ou vient l'expresion "le jules" pour le pot de chambre ! et aussi pourquoi le copain était aussi nommé " mon jules"merci je tout votre documentation, c'est la première fois que je navigue ainsi et que j'ai envie de mettre mon commentaire

aimela 02/08/2008 16:57

J'ai connu ça aussi ( sourires) et pourtant j'habitais un Bourg  juste à coté de l'église. Mes parents ont fait construire , o; a découvert les commodités jusqu'à mon mariage où là plus de salle de bains ni de toilettes mais une petite cabane au fond du jardin et le pot pret du lit. Il y a de cela 34 ans  . quels souvenirs ( rires)

Melly 17/12/2007 13:59

Des "toilettes sèches" ; écolo !!

Sylvie 05/12/2007 12:39

Bonjour Serge,

Que j'aime ce genre d'histoire, évocatrice du temps passé.

J'avais deux ans et mes parents habitaient dans une cité textile, la cabane était au jardin, et je me souviens, j'avais peur d'y aller et Maman devait venir avec moi, car j'y avais un jour vu un rat............

Roseline 29/11/2007 13:12

Coucou,

Bonne idée, ton article.
Il faut le rappeler de temps en temps, car il y a beaucoup de gens qui n'accepteraient pas de revenir en arrière tellement qu'il sont bien installés dans leur confort ; et des personnes qui n'ont pas connu ce plaisir de la nature.
Le père d'une copine a fait bâtir une maison dans les années 80 sans W.C. car il ne comprenait pas pourquoi on rentrait dans une maison pour faire ses "besoins pressants"...
Moi, qui ai connu ce genre de "cabinet" (dans ma jeunesse) j'étais bien gênée de régresser dans ce sens, lorsque j'ai dormi chez ma copine à l'âge de 20 ans.
Par contre, je suis très nostalgique de cette époque et j'adore aller sur mon tas de fumier dans mon poulailler...l'été ; encore faut-il habiter à la campagne!
Mais, CHUTTTT, Je crois que c'est un sujet qui devient tabou ; comme de bronzer nu en jardinant au soleil.

Bisous.
Roseline

Sergepassions 29/11/2007 17:04

Coucou Roseline...Tu fais de si beaux coms...Pourquoi plus d'articles sur ton blog ?Je savais que mon sujet ne serait pas emm**ant... ennuyeux... oui, je "remue" de vieux souvenirs... Bah ! Les tabous sont faits pour êtres enfreints...Mais il nous reste si peu de libertés, aujourd'hui !