Ici Colette est née

Publié le 8 Avril 2006


Colette est un des écrivains que j'aime le plus...
Elle est née à Saint-Sauveur -en-Puysaie, dans l'Yonne.
Pays pauvre, fait  de bois, d'étangs, de petites cultures.
C'est sa Bourgogne pauvre, ou elle a vêcu  ses plus belles années, près de son père, le capitaine Colette, et sa mère tant aimée, tant chantée, Sido.


La maison natale de Colette
Photo : P. Ayrault


« La maison était grande, coiffée d'un grenier haut. La pente raide de la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie, à se blottir en contrebas tout autour d'une cour fermée.
     Accoudée au mur du jardin, je pouvais gratter du doigt le toit du poulailler. Le Jardin-du-Haut commandait un Jardin-du-Bas, potager resserré et chaud, consacré à l'aubergine et au piment, où l'odeur du feuillage de la tomate se mêlait, en juillet, au parfum de l'abricot mûri sur espaliers. Dans le Jardin-du-Haut, deux sapins jumeaux, un noyer dont l'ombre intolérante tuait les fleurs, des roses, des gazons négligés, une tonnelle disloquée... Une forte grille de clôture, au fond, en bordure de la rue des Vignes, eût dû défendre les deux jardins ; mais je n'ai jamais connu cette grille que tordue, arrachée au ciment de son mur, emportée et brandie en l'air par les bras invincibles d'une glycine centenaire...
     La façade principale, sur la rue de l'Hospice, était une façade à perron double, noircie, à grandes fenêtres et sans grâces, une maison bourgeoise de vieux village, mais la roide pente de la rue bousculait un peu sa gravité, et son perron boitait, quatre marches d'un côté, six de l'autre.
     Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d'orphelinat, son entrée cochère à gros verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait que d'un côté. Son revers, invisible au passant, doré par le soleil, portait manteau de glycine et de bignonia mêlés, lourds à l'armature de fer fatigué, creusée en son milieu comme un hamac, qui ombrageait une petite terrasse dallée et le seuil du salon... Le reste vaut-il que je le peigne, à l'aide de pauvres mots ? Je n'aiderai personne à contempler ce qui s'attache de splendeur, dans mon souvenir, aux cordons rouges d'une vigne d'automne que ruinait son propre poids, cramponnée, au cours de sa chute, à quelque bras de pin. Ces lilas masifs dont la fleur compacte, bleue dans l'ombre, pourpre au soleil, pourrissait tôt, étouffée par sa propre exubérance, ces lilas morts depuis longtemps ne remonteront pas grâce à moi vers la lumière, ni le terrifiant clair de lune, - argent, plomb gris, mercure, facettes d'améthystes coupantes, blessants saphirs aigus, - qui dépendait de certaine vitre bleue, dans le kiosque au fond du jardin.
     Maison et jardin vivent encore, je le sais, mais qu'importe si la magie les a quittés, si le secret est perdu qui ouvrait, - lumière, odeurs, harmonie d'arbres et d'oiseaux, murmure de voix humaines qu'a déjà suspendu la mort, - un monde dont j'ai cessé d'être digne ?...


Colette - La maison de Claudine



Photo : P. Ayrault


Rédigé par Serge

Publié dans #Livres - textes

Commenter cet article

alaligne 04/12/2006 14:16

Bonjour Serge, ma prochaine étude graphologique sera sur Colette...dans la rubrique Alaligne
Je découvre ton blog... belle découverte.

Marie 11/04/2006 14:34

Aujourd'hui 11 avril, anniversaire de la mort de notre grand poète Jacques Prévert décèdé à Omonville-la-Petite.Marie

Yvon 11/04/2006 00:13

Beaux textes et en plus de belles photos.
Je peux t'en proposer quelques unes sur mon blog.
A bientôt.
Yvon.

Pouchky 10/04/2006 16:35

Comme Colette le dit, c'est une maison qui ne sourit que d'un côté, et on n'est pas du bon côté!
On ce moment on encense Cézanne, alors que son atelier a été laissé à l'abandon pendant très longtemps. Ce sera peut-être la même chose avec Colette, on pensera un jour à valoriser ce patrimoine. Un jour.

Serge 11/04/2006 11:24

Oui, il serait temps d'y penser ! Si elle est délaissée...la commune pourrait peut-être la racheter !

lili :0091: 10/04/2006 16:06

c'est triste de voir une maison à l'abandon, et où a véçu une grande dame de la littérature qui a enchanté les hommes.
bonne journée :0010: