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Publié le 7 Juin 2007


Cette photo, que j'ai laissée presque brute, est l'une des plus ancienne de ma collection de souvenirs.
Comme mes souvenir, elle est floue...
Mais c'est l'image d'un temps heureux.
Nous habitions alors une ancienne grange, petite maison de deux pièces, au toit de fibro-ciment, précédée d'un petit jardin.
C'était au hameau du Theil, à Saint-Planchers...
J'avais 6 - 7 ans.
Je suis à gauche, tenant le bidon à lait. Quelle peur, le soir, dans la nuit tombante, d'aller à la ferme proche...
Nous avions peur, et jouions de notre peur : "Au loup ! au loup !".
Mon frère est derrière moi.
Puis les jumelles, nos cousines ! Qui de Catherine ou Marie-Claude tente de se sauver ?
Notre tante Marie les retient pour la photo.
Maman à l'écart, tient le deuxième petit panier d'osier.
La silhouette sombre au premier plan, c'est notre chien Zappy, nom hérité de l'animateur de radio de ce temps-là, Zappy Max...
Années 56 - 57...
La vieille cours enherbée, avec le hangar abritant la "tonne" à cidre... Le puit, et l'abreuvoir...
Et tout ce qui est caché qu'on ne voit pas.
Le pêcher maigrichon dont les pêches étaient grosses comme des prunes. Le prunier de Reines Claude, aux fruits verts pruinés et sucrés. La "charrière" de gravillon rouge, qui donnait sur la route, marquée d'un hêtre rouge.
La porcherie, que nous appelions le "cochonodrome"... La laiterie, qui abritait une machine mystérieuse destinée à écrèmer le lait. Le pommier d'Amérique qui perdait ses plus belles pommes chez nous. Le chat Minou, gros tigré roi de la maison, et le rosier moussu au fleurs énormes et pommées...

Tel leur parfum mes souvenirs.






Souvenirs...
Saint-Planchers, près de Granville, années 56 - 57



Publié le 18 Avril 2007


Je vous emmène encore en Limousin, avec Colette aujourd'hui.
Avec une photo et des textes pris sur mon site perso :


http://perso.orange.fr/serge.passions/colette_limousin.htm

Quel motif amena les seigneurs de Plas et ceux de Saint-Hilaire, environ le xve siècle, à construire si proches l'un de l'autre leurs deux châteaux que sépare, dans un étroit enclos au sommet du village, un espace de six ou sept mètres ?
Saint-Hilaire commença, Plas le suivit. Celui-ci aima le cylindre, et celui-là le cube. Nous ne savons rien sur eux et avons bien autre chose en tête, car la radio est muette, sourd le télégraphe, nous n'avons pas de beurre depuis trois semaines, ni de journal, ni d'essence. 
Le boucher vient quand il vient et n'a que du veau. Ce verdoiement autour de nous dispensera, l'automne venu, poires et pommes, noix et châtaignes. Jusque-là les fruits manquent. Ruissellement, dans la bouche, des pêches de juillet, insouciance, amitiés légères des étés passés... 
Chut! La règle entre nous est de ne pas évoquer ce qui est savoureux et hors d'atteinte.


Colette
Journal à rebours - Fin juin 40

Vous pouvez lire la suite, voir d'autres photos de Curemonte et de Varetz sur mon site perso  en suivant le lien indiqué ci-dessus...



Châteaux des Seigneurs de Plas et de Saint-Hilaire



Un nouveau livre sort sur Colette en Corrèze. L'auteur a retrouvé les ultimes personnes se souvenant de l'époque ou Colette venait en Limousin. Un  ouvrage à feuilleter avec passion.








Publié le 1 Avril 2007




Dessin numérique d'après une photo
C'est vraiment l'école de mon enfance, ma première école... dans un bourg de 130 habitants.





J’aimerais tant les retrouver, mes livres d’école !
Ceux de mes 6-10 ans.
J’étais si petit en ce temps-là ! Plus j’étais petit, plus le monde était grand.
Dans la petite cour de l’école d’Anctoville-sur-Bosq… j’avais l’impression de filer comme une flèche, très loin, quand je courrais du mur de la classe au laurier qui cachait les toilettes. Nous jouions à des poursuites sans fin.
J’apprenais facilement, aussi, la classe était un plaisir…
Jacqueline tournait, tournait, sa robe faisait comme un cloche évasée, ses jambes allaient très vite, et je trouvais cela beau. Et j’aimais la regarder !
La campagne entrait l’été par les fenêtres ouvertes… dure concurrence pour la maîtresse…
Mais Mademoiselle Joseph avait la foi qui sauve, le plus qui permet à la maîtresse de vaincre l’été.
Blouse bleue… je voudrais tant tout savoir de toi, qui tu étais, comment tu vivais…
Cours cernée d’un mur bas qui donnait sur la route, d’un jardin de maîtresse, d’un préau qui cachait la voie de chemin de fer.
Livre de lecture, épais, aux couleurs sourdes… Histoire du papillon qui mourrait sur la mer… des lunettes du lion… de Delphine et Marinette…  beaux récits qui me faisaient rêver.
Et plus tôt encore, le petit livre où l’on apprenait les lettres, Le S avec Simone, le Y avec cyclamen… beau petit livre illustré qui me manque tant.
Blouses grises, blouses à carreaux, cols Claudine…
Où êtes vous, Bernadette et Jacqueline, Marie-France et Bernard, Jean-Pierre…





Autre texte et photos






Publié le 30 Mars 2007


L'année scolaire était morte de sa belle mort, et les enfants languissants traînaient leur corps avec peine.
La nuit, les rêves d'été illuminaient les jours futurs...
Fini le poids du cartable, le manteau, les grosses chaussures...
Rêves lumineux, légers, de jambes nues, de shorts légers, de chemisettes...
Matins si précoces que la brume lumineuse étincelait, que la rosée mouillait la peau, qu'une fine poussière flottait autour des sandales...
Odeur du pain de campagne, des fleurs mouillant le nez, gouttes chargées de parfums, de sucres subtils.
Soleil joueur qui agaçait l’œil entre les branches.
Sortant de l'ombre d'un chemin, les enfants franchissaient la frontière d'un jour éblouissant.

 




Publié le 24 Mars 2007




Cousine dans le foin





Les granges 
Souvenir romancé






Le monde immense des vacances d’été.
Une planète irréelle…

Dans notre planète, il y avait « les granges ».
Les granges sont des lieux privilégiés des souvenirs d’enfance à la campagne.
Pour nous, dans notre monde, les granges étaient deux… Il y avait la grange du bas, et la grange du haut, qui avaient nos faveurs selon l’heure, le temps, les désirs…
La grange du bas était la plus proche,  nous y allions par tous les temps, surtout par temps de pluie.
Nous partions, sous les recommandations des parents : « prenez un paletot, mettez un pull »
Nous obéissions, prix de notre liberté… (car nous savions que nous ne serions pas mouillés)…
Nos deux granges étaient toutes deux d’un accès difficile : on y accédait par la petite ouverture de l’étage, car le foin montait jusque là…
C’était le moment aventureux, le moment où il ne fallait pas être vu, l’instant où il fallait se cacher des adultes, car le plaisir était là aussi : faire quelque chose d’interdit.
On prêtait l’oreille, l’un guettait, tandis que l’autre des mains et des pieds, s’agrippait aux interstices de pierres.
Bonheur sans nom, d’arriver dans le foin odorant. Nous commencions par arranger l’ordre des lieux : construire une pièce, étaler le foin, faire un rempart…
Le plaisir était de faire silence quand un vélo, une voiture, passaient sur la route…
Tous deux étions immobiles, silencieux, un peu inquiets quand il s’agissait d’un piéton. Un début de crainte nous prenait s’il s’arrêtait…
Construire, lire, parler librement… c’était cela notre aventure, dans un lieu que nous étions les seuls à fréquenter.

Deux ans plus tard, ce fut une autre aventure…
Cousine était là, en vacances… Il fallut bien qu’un jour je lui montre l’une des granges de ma planète. 
Emotions différentes, faites de crainte et de timidité…
Comme nous étions différents des enfants d’aujourd’hui. Plus réservés, moins avisés…
Souvenirs romantiques bâtis seulement de rêves et de songes, à l’odeur de foin et de pétales séchés.


Publié le 20 Mars 2007






Vadrouilles,  de bois en ruisseaux...
Guy-Noël en tenue de vadrouilleur, avec la sacoche de l'appareil photo...
Près de Saint-Planchers



Vacances sauvages



Vacances sauvages... Vacances des années 60 - 65.
Grandes vacances longues et ensoleillées. La campagne nous appartenait, les champs, les bois, les chemins.
Les parents vivaient calmement la campagne dans la maison, la cour, le jardin.
Nous, enfants libres, le déjeuner avalé, (nous nous levions toujours les premiers), enfilant un short, une chemisette, un pull s'il faisait frais, partions libres et sans contraintes.
Tous les plaisirs des champs, les choses impossibles à la ville, nous en rêvions...
Traîner les pieds dans la poussière, grimper aux arbres, trouver les trous, les ruisseaux, les bois, sans l’œil d'un passant.
Sucer l'oseille sauvage, acidulée, aspirer le sucre d'une primevères, ou d'un chèvre-feuilles.
Faire des barrages sur les ruisseaux, se couvrir de boue, être obligés de poser les vêtements sur la rive, parmi les iris et les cressons...
Nous devions nous laver, et nous regardions avec inquiétude les alentours, au cœur du bois ou coulait le ruisseau. Le short mouillé et encore sale serait-il sec ?
Nous en profitions, plaisir interdit, pour nous allonger dans le ruisseau, faisant semblant de nager dans 30 cm d'eau, pétrissant la boue, nous éclaboussant...
 
Les chaussettes faisaient pchuii, ppchuii dans les sandales...
--On fait un détour, perdons du temps ! jamais mon short ne sera sec... dit l'un d'entre nous.
C'était le retour, le chemin bordé de géraniums, de stellaires,  ou il n'y avait jamais personne, puis la route, ou nous entrions dans les champs quand passait une voiture.
C'est que notre tenue n'était pas très fraîche !
Arrivés au village Piel, le soleil chaud, notre complice, avait presque séché nos vêtements.
Une entrée discrète dans la cour, en flattant le vieux Black, nous assurait l'incognito.
Passant prestement dans le jardin, derrière la maison, nous n'avions plus qu'a attendre le moment propice pour apparaître, innocents...



Publié le 17 Janvier 2007


Me voilà replongé dans les vieilles photos...
Celle-ci doit dater des années 60 - 63...
Elle est chère à mon souvenir pour bien des raisons...
C'est le territoire des vacances de mon enfance. Nous habitions Cherbourg, et les fins de semaine, aux grandes vacances, à Noël, à Paques, nous partions à Saint-Planchers, près de Granville, dans ce petit hameau qui a pour nom "Village Piel".

C'est un champ planté de pommiers à cidre, que mon oncle fauchait tous les ans, à la faux, qu'il maniait avec dextérité.
Mon frère et ma mère portent dans leurs bras de jeunes chevreaux...
Derrière le pommier, la modeste maison de mon oncle, la maison de mes vacances d'enfant. Chère maison au toit de tuiles rouges, où les étés étaient si beaux...




Cette photo a été faite avec un vieil appareil Sporflex, cadeau de ma communion solennelle, sans réglages, et j'étais débutant. Mais transfomée en relique de mes souvenirs, elle garde un parfum du passé.


Publié le 19 Décembre 2006


Parce que "Rima" m'a mis un joli com sur un article de l'an passé, parlant de Noël, je vous le remets ici aujourd'hui, avec de petites illustrations...
C'était un temps où Noël n'était pas encore une fête commerciale, ou il y avait encore de la magie, des joies simples...





Le long des chemins creux, les vieux arbres frileux ne portaient plus qu’une ou deux feuilles oubliées par l’automne.
Une mince couche de glace couinait sous les pas sonores. Le sol était gelé.
Un oiseau ébouriffé se glissait prestement entre les fougères roussies.
A l’école, déjà, la maîtresse nous contait des histoire, sous les globes jaune, derrière les fenêtres noires…
Pierre et le loup ! La chèvre de monsieur Seguin ! Le silence était grand, et seule, la voix de Mademoiselle Joseph raisonnait.
Parfois, une toux discrète, qui s’excusait, ou, un raclement de soulier troublaient à peine le calme de la classe.
Le poêle ronflait avec bonhomie depuis le matin.
Trois jours plus tôt, en bande, nous avions traîné le sapin pour l’école sur la route enneigée, bordée de poteaux noirs chapeautés de givre.



Un chuintement léger nous accompagnait, celui du sapin traînant au sol. Les voix sonores claquaient dans l’air vif. Une buée bleutée : phooouu !  phooouu ! flottait brièvement devant les bouches.
La dernière classe avant Noël était finie.
Il n’y avait pas de grands préparatifs, à la maison…
La maison était pauvre. Il n’était pas question d’acheter un sapin.
C’était pourtant le premier Noël dans cette petite maison de campagne.
Depuis plusieurs soirs, ma mère, discrètement, cousait à la machine à coudre.
Mon père avait fait percer des trous dans un manche à balai… Que se préparait-il ?
Quelques jours avant Noël, il revint portant une brassée de petites branchettes de sapin coupées dans une haie.



Alors, il assembla les branchettes, les introduisant dans les trous, et un sapin de Noël, ingénieux, apparut dans la salle ou le fourneau répandait sa bonne chaleur.
Nous étions, mon frère et moi, ravis…
On sortit une ou deux guirlandes, du papier d’argent, et d’or, des touffettes de coton….
Etait-il beau, cet arbre ? Sans doute moins beau qu’un vrai sapin, garni de cheveux d’ange, de guirlandes multicolores, d’ampoules de couleur….
Mais c’était le sapin de l’amour, du bonheur donné, de la débrouillardise…
Du houx garni de boules rouges, du gui cueilli dans les pommiers complétaient le tableau…

Sans oublier la crèche, petite grange couverte de paille, où Jésus, Joseph, la Vierge, l’âne et le mouton se serraient tandis qu’arrivaient les rois mages…
Cette crèche était poudrée d’une neige fine, brillante… que je trouvais douce à toucher….
Le soir venu, je trouvai un nounours, qui fut le compagnon de ma petite enfance….



Ma mère l’avait cousu ! Il était marron, avec de beaux yeux brillants, le dessous des pattes rouge, bouclé à souhait….
Des oranges, des bonbons, des crottes de chocolat, des sucres d’orge l’accompagnaient….
Je ne me souviens plus du repas… Sans doute, l’oncle Georges et la tante Marie vinrent nous voir, passer la soirée avec nous…
Belle saison, simplicité, le froid dehors, le fourneau bien chargé dedans.
La neige tombait….
Beau Noël d’antan…













Publié le 11 Décembre 2006


Les vacances d'hiver, les vacances de Noël tant attendues...
Ce n'était pas toujours la présence de la neige, mais les silhouettes des arbres noirs et gris, le sol gelé et luisant comme du saindoux, la glace qui se fendillait en couinant sous les semelles des chaussures.
Le givre qui décorait le moindre brin d'herbe, les plantes assoupies.
Nous portions des manteaux épais, des gants de laine, le cache-nez enroulé autour du cou.
Une vapeur aussitôt disparue sortait de nos bouches et ponctuait nos paroles.
Nous cherchions le houx à boules rouges, luisant dans le fossé. Le gui nacré dans les pommiers tordus.
Les souliers claquaient sec sur le sol durci. Dans nos têtes chantaient les airs de Noël. Nous pensions au sapin, à sa bonne odeur qui était celle du bonheur, aux guirlandes et aux lumières, au fourneau qui ronflait gaiement.







Petite portion d'une photo trouvée sur le net
et modifiée dans un logiciel de graphisme



Publié le 7 Mai 2006



Certains jours très chauds de juillet, d'août, nous attendions le soir avec impatience, comme une promesse de fraîcheur, comme un repos pour les yeux.
L'air était lourd, épais, la lumière décolorait les choses, les fleurs des haies, des fossés, penchaient la tête... Les oiseaux s'étaient tus, cachés dans les profondeurs des bois, des fourrés.
Neuf heures du soir. la lumière baissait à peine, mais quelque chose annonçait la nuit prochaine.
A dix heures, l'air bleuissait. les ombres s'allongeaient, changeaient de couleur... la chaleur était toujours là, mais différente : elle n'avait plus cette force donnée par la lumière.
Ces jours d'été, on se couchait tard. Il était permis de sortir encore au long des chemins.
L'air était immobile, nous cheminions à pas lents sur la route délivrée. Sandales, shorts bleus, chemisettes ouvertes.
Les jours d'été, les jours des vacances, semblaient ne jamais devoir finir.
Très loin, d'une voix éteinte, un chien aboyait dans une ferme. Des insectes enivrés bourdonnaient encore, passaient vivement, disparaissaient.
Un bleu profond envahissait le ciel. les étoiles une à une s'allumaient. Le ciel comme un grand chapeau semblait retenir les dernières lueurs du jour.
Les fossés devenaient des trous sombres... La nuit était là...
...mais pas la fraîcheur.
L'air était lourd, une odeur de foin, l'odeur même des champs, planait autour de nous...
Le petit chemin, si connu, rayonnait. La maison apparaissait comme une masse noire. Un trou béant, lumineux, jaune, s'ouvrait sur la façade : la porte restée ouverte dans l'espoir d'une respiration.



Chaleur du soir

Publié le 15 Avril 2006


La maison était une grange.
Nous vînmes l'habiter, et ce fut une petite maison pleine de bonheur.
Nous arrivions de la ville, c'était l'été, nous étions émerveillés...
Le rosier moussu sur la façade, et la vigne vierge. Le mur gris près de la route ou couraient les lézards. L'allée bordée d'oeillets mignardise blancs, le poirier qui se couvrirait à l'automne de petites poires à cuire.
Le "pommier d'Amérique" dans le champ à côté, qui perdait ses pommes dans notre cours.
Le grenier merveilleux, lieu de mille jeux, de mille aventures...
Nous l'habitâmes quatre ans, quatre années magiques, coupées de saisons neigeuses, d'étés flamboyants.
Tout était grand, beau, mystérieux !
Les chemins nous appartenaient, les fleurs et les fruits, et la route, et l'école.
Epiceries sombres, remplies d'odeurs, église petite, sonore, avec le son incertain de l'harmonium.

La maison vit toujours... Elle est redevenue une grange... une grange inutilisée...

Moi, j'y sais toujours le fourneau, le petit lit dans la salle, l'escalier, le bord de la fenêtre, et les fourmis qui entrent dans la maison manger le sucre.
La vieille propriétaire qui recevait de ma mère, infirmière d'un jour,  "les gouttes es z'yeux"...
Mon frère qui, apprenant à faire du vélo, rasait une plate-bande de
Dahlias...
Le chat "Minou" qui sommeillait sur de vieux journaux...
Les roses moussues qui sentaient si bon...
La barrière de tôle qui grinçait, et laissait venir le facteur Léopold...



La maison du bonheur
Mon père et ma mère, années 50...



Publié le 8 Avril 2006


Colette est un des écrivains que j'aime le plus...
Elle est née à Saint-Sauveur -en-Puysaie, dans l'Yonne.
Pays pauvre, fait  de bois, d'étangs, de petites cultures.
C'est sa Bourgogne pauvre, ou elle a vêcu  ses plus belles années, près de son père, le capitaine Colette, et sa mère tant aimée, tant chantée, Sido.


La maison natale de Colette
Photo : P. Ayrault


« La maison était grande, coiffée d'un grenier haut. La pente raide de la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie, à se blottir en contrebas tout autour d'une cour fermée.
     Accoudée au mur du jardin, je pouvais gratter du doigt le toit du poulailler. Le Jardin-du-Haut commandait un Jardin-du-Bas, potager resserré et chaud, consacré à l'aubergine et au piment, où l'odeur du feuillage de la tomate se mêlait, en juillet, au parfum de l'abricot mûri sur espaliers. Dans le Jardin-du-Haut, deux sapins jumeaux, un noyer dont l'ombre intolérante tuait les fleurs, des roses, des gazons négligés, une tonnelle disloquée... Une forte grille de clôture, au fond, en bordure de la rue des Vignes, eût dû défendre les deux jardins ; mais je n'ai jamais connu cette grille que tordue, arrachée au ciment de son mur, emportée et brandie en l'air par les bras invincibles d'une glycine centenaire...
     La façade principale, sur la rue de l'Hospice, était une façade à perron double, noircie, à grandes fenêtres et sans grâces, une maison bourgeoise de vieux village, mais la roide pente de la rue bousculait un peu sa gravité, et son perron boitait, quatre marches d'un côté, six de l'autre.
     Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d'orphelinat, son entrée cochère à gros verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait que d'un côté. Son revers, invisible au passant, doré par le soleil, portait manteau de glycine et de bignonia mêlés, lourds à l'armature de fer fatigué, creusée en son milieu comme un hamac, qui ombrageait une petite terrasse dallée et le seuil du salon... Le reste vaut-il que je le peigne, à l'aide de pauvres mots ? Je n'aiderai personne à contempler ce qui s'attache de splendeur, dans mon souvenir, aux cordons rouges d'une vigne d'automne que ruinait son propre poids, cramponnée, au cours de sa chute, à quelque bras de pin. Ces lilas masifs dont la fleur compacte, bleue dans l'ombre, pourpre au soleil, pourrissait tôt, étouffée par sa propre exubérance, ces lilas morts depuis longtemps ne remonteront pas grâce à moi vers la lumière, ni le terrifiant clair de lune, - argent, plomb gris, mercure, facettes d'améthystes coupantes, blessants saphirs aigus, - qui dépendait de certaine vitre bleue, dans le kiosque au fond du jardin.
     Maison et jardin vivent encore, je le sais, mais qu'importe si la magie les a quittés, si le secret est perdu qui ouvrait, - lumière, odeurs, harmonie d'arbres et d'oiseaux, murmure de voix humaines qu'a déjà suspendu la mort, - un monde dont j'ai cessé d'être digne ?...


Colette - La maison de Claudine



Photo : P. Ayrault


Publié le 21 Mars 2006



Je remercie ici Adjaya pour les deux photos... Ces photos du Luberon m'ont donné envie de parler du livre d'Henri Boco, "L'habitant de Sivergues".
Je ne sais si le Sivergue du blog d'Adjaya est le même que le Sivergues de Bosco...
Celui de Bosco a un "S" en plus...


EDIT : Il y a bien un "S" à Sivergues






Le narrateur, un enfant, nous dit au début du livre qu'il avait toujours vécu dans le Comtat, "grasse prairie coupée au couteau", mais qu'il était hanté par les collines proches, les Alpilles, la montagne de Barbentane.
Il fait connaissance avec le "petit berger", un vieil homme solitaire, qui dans ce pays gras, a construit une hutte de pierre, la hutte des bergers de la Haute-Provence.
Le vieux prend en amitié l'enfant. Il lui désigne la masse bleue à l'horizon :
"Oui, c'est la que je suis né, et dans la commune de Sivergue, encore. Il y a passablement de temps, par exemple... Quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-six ans."

Sivergues, dans le mystérieux Luberon.
Mais Sivergues est un curieux village, le petit berger se confie, explique :
"Ceux qui l'ont bâti, on voit bien qu'ils n'ont pas fait exprès de monter si haut.
-- Et qui c'étaient, petit berger, ceux qui l'ont bâti ? ...
-- C'étaient des parpaillots, mon fils.

"Et puis pas un curé ! ... pas une église ! ...C'est comme ça chez eux... Alors, il est arrivé une vilaine guerre, on leur a fait des misères, beaucoup de misères..."


Puis le petit berger disparaît brusquement, des années passent.
Le narrateur a maintenant 15 ans.
Arrive un jour  un vieil homme, Martial, et sa femme, Gasparine, une petite vieille au profil d'oiseau, à l’œil inquiet.
Amis de la famille, ils ont subi des déconvenues, leur petit-fils, un mauvais garçon, a mal tourné... la maison est hypothéquée... il leur faut de l'argent...
Ils proposent a "Maître Jacques", le père du narrateur, d'acheter la maison.
Le bon Martial est humble, Gasparine sournoise...


Et voilà comment le narrateur se retrouve aller passer les vacances, au mois d'août, à "Gerbaut", c'est le nom de la maison.
A quelques kilomètres de Vaugines, en plein Luberon.
La maison est adossée aux collines, le Luberon, et toute sa force, est là, présent, puissant, mystérieux.
Un couloir de roches s'ouvre sur la colline... Le chemin de Sivergues, là, tout s'élève, il n'y a pas un homme !
La nuit oppressante, la nuit si noire qu'on y voit tant de chose, inquiète l'adolescent. Il devine un mystère.
Un drame aurait eu lieu là-bas, à Sivergues...
"Qu'est-ce qu'ils avaient fait, Gasparine, les habitants de Sivergues ?
--  ....on raconte qu'ils avaient fait du mal à la Mère de Dieu."
"Ici a vécu Jean Vincent" dit-elle encore".
Jean Vincent, le bras droit de Paul de Monbrun, le capitaine des protestants...

On devine au fil des pages que la maison abrite un secret.
Le calme et puissant Martial, la bonté même, fait pendant à la sournoise Gasparine...
L'adolescent se méfie de Gasparine, et s'il a une admiration sans borne pour Martial, dont la présence suffit à calmer les appréhensions, Il déteste de plus en plus cette femme qui semble tramer en secret des choses malhonnêtes.
On bouge beaucoup, sans grands mouvements, discrètement, à Gerbaut. Un mystérieux visiteur hante la nuit les abords de la maison.  Entre-t-il ?
Le garçon, inquiet, voit des ombres dans la maison, se retourne : personne !
Dans sa chambre, une immense armoire, solide, cadenassée, semble détenir un secret...
Gasparine la regarde avec un désir malsain depuis des années... Elle n'a jamais osé l'ouvrir, tant Martial l'impressionne.
Le garçon que tous ces mouvements inquiètent, décide de monter en secret à Sivergues.
La montagne est tranquille, étouffante, chargée des odeurs des plantes, de la pierre chaude. Il arrive à Sivergues. Le village est abandonné, désert, mystérieux. Brusquement, le garçon voit apparaître une ombre, sur le sol. L'ombre se déplaçe, et disparait.
Il y a quelqu'un à Sivergues.

Le garçon ne résiste pas à son désir... Cette armoire l'obsède : il finit par trouver la clé, et l'ouvre.
Il y a là une enveloppe avec de l'argent, un paquet ficelé dans une étoffe, (celui-là même que, quelques jours plus tôt, le garçon a vu dans les mains de Martial...)
Et un vieux cahier.
Ce cahier, rédigé par un curé, le curé Méritan, semble raconter un vieux drame.
L'adolescent à honte d'avoir violé l'armoire, c'est comme un sacrilège... et soudain, relevant les yeux, il s'aperçoit que la porte de sa chambre est ouverte, et qu'on le regarde... Une ombre, une silhouette...
Le garçon décide de retourner à Sivergues... Il y découvre un vieillard qui se meurt... Ce vieillard, c'est le "petit berger".
Je ne donnerai pas d'autres détails de cette aventure... car il faut laisser au lecteur découvrir les mystères et les secrets d'une histoire inquiétante et tragique.
Le garçon, choqué par les tristes événements qui se sont passés à Gerbaut et à Sivergues, sera longtemps malade... et ne découvrira toute la vérité que beaucoup plus tard.

C'est du vrai, du grand Bosco, du Bosco mystérieux, dont les héros sont pris dans leurs songes, voient l'invisible, se dédoublent...
On y découvre ce mystérieux Luberon, cette montagne magique, hantée, qui est le territoire littéraire d'Henri Bosco.


Photo Adjaya

Publié le 12 Mars 2006





L'âne Culotte



On considère l'âne Culotte comme un livre pour enfants...
J'en suis un peu étonné...
Si d'autres livres d'henri Bosco, comme "L'enfant et la rivière", "Bargabot", "Le renard dans l'île", sont des livres de qualité, assez faciles à lire, il me semble que l'âne Culotte est d'une autre essence.
C'est le premier tome du cycle d'Hyacinthe, qui se compose ainsi :

L'âne Culotte, Hyacinthe, Le jardin d'Hyacinthe.

Il y a des personnages savoureux dans l'âne Culotte.
Le narrateur, Constantin Gloriot, la petite Hyacinthe, la Péguinotte, servante au grand coeur mais avec son caractère, Grand-mère Saturnine, l'inquiètant Monsieur Cyprien, l'abbé Chichambre...
On remarque d'abord que les noms des personnages, chez Bosco, sont des noms un peu rares, vieillots, évocateurs...
Les types des personnages sont tellement forts, qu'on les retrouve dans toute l'oeuvre de Bosco, sous d'autres noms, ou identiques... Ainsi le berger Arnaviel, revient dans plusieurs titres...
La servante dévouée, au fort caractère, apparaît dans de nombreux livres de Bosco, dans "le Trestoulas, "L'âne Culotte", et, sous d'autres formes : tante, cousine, etc. dans les souvenirs de l'auteur.
L'enfant, Contantin Gloriot, a des ressemblances avec l'auteur lui-même... Le goût de la solitude, un caractère aimant, mais qui se dissimule...
Ce cycle d'Hyacinthe, est une suite de livres magiques, baignés de mystère...
Monsieur Cyprien, vieil homme ayant bourlingué, a rencontré dans des contrées perdues des tribus anciennes, détenant de grands pouvoirs magiques...
Monsieur Cyprien veut recréer sur terre le paradis terrestre... Mais un homme peut-il créer le paradis, n'est ce pas un sacrilège, un rêve fou...

"J'ai dit les mots; j'ai fait les gestes. Les mot, je les ai prononcés avec la voix juste, et l'intonation véritable. Les gestes, ma main les a tracés suivant les prescriptions du rituel".

Le paradis de Monsieur Cyprien a pour nom Fleuriade.
Dans un décors de roche et de sècheresse, miraculeusement, les arbres fleurissent, les animaux s'approchent...
Constantin Gloriot lui même vient à Belles-Tuiles, le mas de monsieur Cyprien.

"J'ai fait un pacte avec la Terre. Aux pays lointains de la mer, de vieux hommes m'ont initié aux mystères. je connais peu de choses, mais je possède quelques Mots, les Maîtres Mots."

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L'âne Culotte, lui, est venu de son plein gré !

"...Bêtes et plantes m'obéissent. Je les aime. Mais pourquoi le renard ne s'est-il pas rendu ?
Pourquoi vient-il tuer jusque dans le jardin de Fleuriade ? Car c'est lui. Faut-il le tuer à son tour ?
Tuer.
Non."

Mais sa haine monte contre le renard.
Des bohémiens campent près de là... Ils possèdent un monstre, un serpent, un naja énorme... Ils ne le maitrisent plus...
Le naja suit cyprien...
Le serpent entre au paradis de Fleuriade...
Puis Cyprien veut l'enfant, Constantin Gloriot, pour lui offrir le paradis...

"Il me faut l'enfant"

"cet enfant doit être sensible aux Prestiges des Charmes...
...comme le loup, l'épervier, le serpent.
Mais que vais-je penser ? Où est ma tête ? Cette petite bête humaine, puis-je l'attirer de la sorte ?
Faire agir les Mots, le Ton juste, la Musique, peut-être ? Ai-je le droit de l'asservir ?
Je l'aime, je le sens, c'est une chose tiède et dure, délicate et terrible, insoumise et fidèle."

Comme on le voit, ce livre magique, mystérieux, ouvre de nombreuses portes, explore l'imaginaire...
L'imaginaire, c'est le monde de Bosco...
Il serait bon de relire ce roman, ou de le faire lire à un enfant d'aujourd'hui ... pour voir.


Publié le 26 Janvier 2006




J'avais peut-être huit, neuf ans…
C'était à Saint-Planchers…. Notre petite maison, une ancienne grange, était fleurie en toutes saisons. Une double ligne d'œillets mignardise blancs bordait le chemin qui s'achevait sur une petite cours de terre battue. Côté route, quelques marches précédaient  une petite barrière métallique, qui grinçait.
Notre école, c'était celle d'Anctoville, petit village plus proche que le bourg de Saint-Planchers.
Nous sortions sur la route de Villedieu, route goudronnée, luisante, sur laquelle chantaient les pneus des rares voitures… Puis c'était une petite route gravillonnée, sinueuse, qui nous conduisait à l'école.
La maîtresse, mademoiselle Joseph, recevait presque chaque jour,  le printemps venu, des fleurs qu'apportaient les élèves.
Nous, nous apportions souvent nos œillets blancs si parfumés.
Mais l'envie de changer nous prit un jour, mon frère et moi.
Nous cueillîmes un gros, un très gros bouquet d'œillets blancs, et prîmes la route…
A mi-chemin, sur la nationale, habitait notre copine Françoise. Dans un coin de sa cours poussait un gros pied de pivoines roses…
Les fleurs étaient énormes, parfumées, opulentes…
Ce fut notre premier troc, notre premier échange…
Françoise demanda l'autorisation à ses parents, et nous échangeâmes les œillets contre une grosse pivoine et un bouton plein de promesse.

Il y avait toujours dans un vase, un verre, des fleurs qui ornaient le bureau de mademoiselle Joseph.




Rédigé par Serge Passions

Publié dans #Livres - textes