Tempête
Publié le 8 Février 2006
Celui qui aime la mer l'aimera bleue, calme, lisse comme un miroir, odorante... La mer d'été, où les voix des gens sont toutes petites sur la plage, comme une chanson murmurée.
Verte, glauque, changeante, incertaine... Cachant le poisson, la bête aux formes étranges, berçant l'épave qui flotte.
Furieuse, grise, tapageuse, cruelle... Roulant furieusement les galets, crâchant sa mousse haut dans le ciel, tapant de son boutoir les roches, les quais, la côte incertaine.

Normandie - Cotentin - Tempête au Becquet de Tourlaville
L'homme et la mer
Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !
Charles Baudelaire
Publicité