La marée - Le doris
Publié le 1 Avril 2005
A la saison des grandes marées, l'oncle dépendait la hotte d'osier.
La grève de Donville s'étendait à perte de vue, immense. La mer avait découvert un sable gris, semé de vaguelettes, de flaques, de trous
Là, nous pêchions les " manche de couteau ", avec des baleines de parapluie, recourbée à leur extrémité.
Entre les premiers rochers, dans le sable caillouteux, ma tante pêchait les coques bleues. Avec une griffe, elle cherchait les praires.
Mais tout cela, c'était des pêches de femmes, et d'enfants.
Armé d'un crochet, mon oncle délogeait les " clos-poings " de leur trou, se battait avec un congre. Il connaissait les bons coins, et savait descendre avec la mer pour être le premier.
Alors, il sortait les belles pièces aux yeux des " horzains " ébahis.
Il repérait vite ceux qui le suivaient, et les perdait comme un cerf aux abois trompe les chiens des chasseurs.
Souvent, il allait aux îles Chausey. Il connaissait les pêcheurs et les îles par leur nom. De tous les bateaux, ceux qu'il affectionnait le plus étaient les doris, qui flottaient mollement sur les vagues.
Ce n'était pas un homme de mer, mais comme dans ce coin de Normandie, il était mi campagnard, mi mareyeur. Il aimait à dire :
" Je suis né à Granville, et sous ma chambre, on salait le poisson ".
Mais les plus belles pêches que faisait mon oncle, c'était au mois de mai celles de araignées de mer. Il entrait alors dans l'eau jusqu'à la taille, muni d'une fourche. Sur son dos, une " pouque ", gros sac de toile d'un bon mètre. Sur le fond, les crabes marchaient, et il les soulevait prestement, et d'un geste, les jetait dans son sac.
A moitié immergée, la " pouque " ne pesait pas lourd, mais de retour sur le sable et les cailloux, c'était une autre histoire.
Je revois très bien le feu dans la cours, et la lessiveuse à linge remplie d'eau ou cuisaient les crabes, le soir. Une odeur d'iode, l'odeur de la mer, envahissait l'espace et rappelait le bonheur d'un jour radieux.
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La hotte d'osier : mon oncle savait faire des paniers, des bourriches, des hottes, avec l'osier. Il avait fabriqué pour mon frère et moi deux petites hottes.
- La "pouque" est un sac de toile brut, qui contient le grain, la farine, le charbon.
- Horzain : l'étranger, celui qui n'est pas du pays. Le horzain peut être de la ville proche, ou du département d'à côté.
- Le "doris" est une barque appointie aux deux bouts, à fond plat, traditionnelle en Normandie et en Bretagne. Utilisée sur nos côtes, c'était le bateau de pêche des terre-neuvas.
- Le "clos-poing", ou "dormeur", "tourteau", son nom varie suivant les régions...
Au sujet du doris, voici une chanson traditionnelle normande dont vous pourrez lire les paroles ici , et écouter l'air :
Dans le doris les hommes s'en vont
Pour pêcher toute la journée
Et quand il est plein d'poissons
Faut encore le décharger
Hale dessus c'est la morue
Hale dedans c'est du flétan
Pour pêcher toute la journée
Et quand il est plein d'poissons
Faut encore le décharger
Hale dessus c'est la morue
Hale dedans c'est du flétan
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