La maison du bonheur
Publié le 15 Avril 2006
La maison était une grange.
Nous vînmes l'habiter, et ce fut une petite maison pleine de bonheur.
Nous arrivions de la ville, c'était l'été, nous étions émerveillés...
Le rosier moussu sur la façade, et la vigne vierge. Le mur gris près de la route ou couraient les lézards. L'allée bordée d'oeillets mignardise blancs, le poirier qui se couvrirait à l'automne de petites poires à cuire.
Le "pommier d'Amérique" dans le champ à côté, qui perdait ses pommes dans notre cours.
Le grenier merveilleux, lieu de mille jeux, de mille aventures...
Nous l'habitâmes quatre ans, quatre années magiques, coupées de saisons neigeuses, d'étés flamboyants.
Tout était grand, beau, mystérieux !
Les chemins nous appartenaient, les fleurs et les fruits, et la route, et l'école.
Epiceries sombres, remplies d'odeurs, église petite, sonore, avec le son incertain de l'harmonium.
La maison vit toujours... Elle est redevenue une grange... une grange inutilisée...
Moi, j'y sais toujours le fourneau, le petit lit dans la salle, l'escalier, le bord de la fenêtre, et les fourmis qui entrent dans la maison manger le sucre.
La vieille propriétaire qui recevait de ma mère, infirmière d'un jour, "les gouttes es z'yeux"...
Mon frère qui, apprenant à faire du vélo, rasait une plate-bande de Dahlias...
Le chat "Minou" qui sommeillait sur de vieux journaux...
Les roses moussues qui sentaient si bon...
La barrière de tôle qui grinçait, et laissait venir le facteur Léopold...

La maison du bonheur
Mon père et ma mère, années 50...
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