Rue du vieux pont
Publié le 9 Avril 2005
J'avais 6 ans, et j'habitais une rue typique du vieux Cherbourg, avec ses pavés luisants, ses caniveaux où je faisais naviguer des bateaux de papier ou des bouts d'allumettes.
Il y avait une pompe le long du trottoir, mais c'était défendu de jouer avec. Nous n'étions pas obéissants, et les passants devaient parfois faire un détour, s'ils ne voulaient pas être arrosés.
Sur moins de cinquante mètres, il y avait deux bistrots, d'où sortaient parfois des poivrots qui titubaient d'un trottoir à l'autre. On y buvait toutes les boissons, mais surtout la " moque " de cidre tiré à la pompe.
Près de là, la place Divette, poussiéreuse, bordée de ses marronniers. On y jouait aux boules, le dimanche, et des gens se promenaient à petits pas.
J'appris que dans le temps passé, la mer était venue ici. Je fus navré qu'elle fut repartie si vite, car j'y aurais pataugé plus volontiers que dans le ruisseau.
Nous habitions chez notre grand-mère, l'une des pièces du deuxième étage.
Souvent, nous nous accoudions à la rambarde de la fenêtre pour regarder le spectacle de la rue.
Le vendredi, une poissonnière passait, poussant sa voiture à bras, et criant :
" Le flies, les flies d'l'île peléeeee ! "
Les " flies " sont des coquillages, les patelles L'île pelée est devant Cherbourg. Une partie de la grande digue y est construite
Temps heureux d'une petite vie de quartier, intense, colorée dans les années cinquante.
L'atmosphère d'une rue de quartier, telle que je l'ai connue, on la retrouve dans le beau livre de Robert Sabatier " Les allumettes suédoises", que je vous conseille de lire.
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