Le tas de sable
Publié le 9 Juin 2005
Il y avait deux écoles, l'une grise, celle d'hiver, l'autre ensoleillée, gaie, frémissante : l'école des jours longs et larges.
Dans un coin, accoté au mur, le directeur avait fait déposer un tas de sable.
Les petits en firent leur quartier général. Les grands s'y rendirent bientôt pour s'y battre, ou plutôt pour faire semblant : car le contact est le début de la sociabilité.
Qu'il était facile d'y simuler des morts héroïques !
D. annonçait :
" Attention, le saut de la mort !
-- Gare ! Le saut de l'ange : ".
Il y avait des torsions de bras, des jambes lancées à ras le sol qui fauchaient les copains, des pyramides humaines s'écroulaient.
L. montrait aux autres un truc épatant pour terrasser l'ennemi.
B. penché sur le mur, bousculait L. qui roulait à terre.
Les petits avaient bien du mal à préserver leurs châteaux de sable, que nous détruisions sans le faire exprès.
Le petit M. se plaignit, mais comme c'était son frère qui avait détruit sa belle forteresse à créneaux, il ravala ses larmes.
" je vais le dire à la maison
-- essaie un peu, et tu verras ! ".
Sans rancune, le petit M. recommençait à bâtir le château de ses rêves.
" Cela l'endurci, dit son frère en riant ".
Car ces jeux formateurs n'étaient pas méchants
Moi, je n'étais encore pas un grand, et plus un petit. Mais je ne montais pas encore sur le mur. Je savais qu'un jour, ce serait moi le grand
En attendant, j'étais en bas, assis. Les grands nous dominaient, les pieds ballants, et semblaient dire :
" Voilà comment il faudra être, quand vous prendrez nos places et que nous n'y serons plus.
Dans un coin, accoté au mur, le directeur avait fait déposer un tas de sable.
Les petits en firent leur quartier général. Les grands s'y rendirent bientôt pour s'y battre, ou plutôt pour faire semblant : car le contact est le début de la sociabilité.
Qu'il était facile d'y simuler des morts héroïques !
D. annonçait :
" Attention, le saut de la mort !
-- Gare ! Le saut de l'ange : ".
Il y avait des torsions de bras, des jambes lancées à ras le sol qui fauchaient les copains, des pyramides humaines s'écroulaient.
L. montrait aux autres un truc épatant pour terrasser l'ennemi.
B. penché sur le mur, bousculait L. qui roulait à terre.
Les petits avaient bien du mal à préserver leurs châteaux de sable, que nous détruisions sans le faire exprès.
Le petit M. se plaignit, mais comme c'était son frère qui avait détruit sa belle forteresse à créneaux, il ravala ses larmes.
" je vais le dire à la maison
-- essaie un peu, et tu verras ! ".
Sans rancune, le petit M. recommençait à bâtir le château de ses rêves.
" Cela l'endurci, dit son frère en riant ".
Car ces jeux formateurs n'étaient pas méchants
Moi, je n'étais encore pas un grand, et plus un petit. Mais je ne montais pas encore sur le mur. Je savais qu'un jour, ce serait moi le grand
En attendant, j'étais en bas, assis. Les grands nous dominaient, les pieds ballants, et semblaient dire :
" Voilà comment il faudra être, quand vous prendrez nos places et que nous n'y serons plus.
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